Qui t’a dit que le cancer rend plus fort ?

Bon jour tout le monde,

Pourquoi cette question ? Peut être ne vous l’avons jamais dit ? Ou du moins pas comme çà ?

Personnellement, j’ai entendu toutes ces phrases qui sont censées t »aider à positiver :

Ce qui ne tue pas, rend plus fort ! Phrase que j’utilisais parfois mais jamais à des personnes gravement malades ou handicapés !

  1. le cancer tue
  2. il ne rend pas forcément plus fort : explication plus loin

Tu verras tu en sortiras plus forte après ! Juste pour info, cette personne qui me l’a dit n’a jamais eu de cancer ! Comment peut on penser cela sans y être passé ?

Tu es une warrior, une guerrière ! Oui alors justement tu crois qu’après avoir fait la guerre contre un tel ennemi, tu es plus forte après ?

Alors oui, après un cancer, un évènement grave, un choc émotionnel, un traumatisme, on va forcément relativiser les petits soucis, essayer de prendre la vie du bon côté en se disant qu’on s’en est sorti, profiter de chaque instant.

Si c’est çà être plus fort alors oui on est plus fort.

Mais savez vous par où une personne qui a un cancer est passé ?

L’annonce d’abord qu’on ose à peine vous prononcer comme si c’était un gros mot : CANCER . Bon moi, on m’a dit « polype cancéreux ». D’ailleurs,vous remarquez combien de fois on annonce « il ou elle est mort(e) de suite d’une longue maladie » ! On a tous deviné ! D’un cancer ! Pourquoi ne pas dire le mot ? Ce mot fait bien peur, il faut se l’avouer !

C’est donc là un choc émotionnel qui reste gravé à vie ; pourquoi à vie ? Parce qu’à partir de ce jour, tu ne seras jamais vraiment sereine avec ton épée Damocles que tu tentes d’oublier mais que les contrôles te rappellent. Pour peu qu’on t’ait dit « vous n’êtes pas guérissable, çà sera une maladie chronique ». Il n’y a pas longtemps une de mes lectrices de ma page Facebook écrivait : « ouf soulagée, scanner ok, même 10 ans après de rémission ,j’ai toujours aussi peur ». Et oui c’est pas une grippe ! Et non, ce n’est pas qu’un mauvais souvenir !

Les traitements qui vous fatiguent, épuisent, vous mettent parfois plus bas que terre (heureusement pas tous) avec des effets secondaires visibles ou invisibles, parfois irréversibles ( la neuropathie pour certains)invalidantes et qui perdurent des années après la fin des traitements (pour ma part, troubles cognitifs de la mémoire et de la concentration) , une plus grande fatigabilité engendrant ainsi des difficultés pour reprendre un travail.

Les traitements à long terme comme l’hormonothérapie qui entraînent également des effets secondaires

Les opérations avec les ablations d’organes : notre corps est meurtri. Les anesthésies qui n’arrangent pas !

Les contrôles (indispensables pourtant) : scanner, petscan, radio, prise de sang, coloscopie, mammographie, échographie etc qui nous rappellent que nous ne sommes pas guéris ! sans parler de toute la radio activité qu’on se prend dans le corps !

Oui le tableau n’est pas très joli et le ton de mon article est bien éloigné de celui que j’ai d’habitude.

Je ne veux pas être négative mais réaliste et surtout expliquer pourquoi le cancer nous fragilise.

Si vous avez lu mes articles précédents, vous avez déjà compris que même après les traitements, ce n’est pas fini

Il y a d’abord la fatigue je dirai plutôt la fatigabilité !

Au fil des mois, des années, on reprend petit à petit de la force, des muscles, on récupère un peu mieux mais même si je vieillis comme tous je constate notamment par rapport à ceux de mon âge ou mon mari âgé de 7 ans de plus que moi qu’à la fin d’un effort : randonnée ou autre on est à peu près tous fatigués mais la grande différence, c’est que moi je suis KO. J’en fais presqu’autant qu’eux parfois aujourd’hui mais je mets beaucoup plus de temps pour récupérer. Par exemple, je n’aurai pu conduire après (limite état second) et au retour je reste allongée jusqu’au lendemain. Pendant que les autres après un petit repos peuvent vaquer à d’autres occupations et après une bonne nuit reprendre le travail. Impossible pour moi.

Donc physiquement, non on n’est pas plus fort ! La chimio nous a affaibli et même si on reprend petit à petit la fatigabilité reste importante. J’en parlais déjà dans mon article de juillet 2018 https://itinerairemalinduncancercolonisateur.wordpress.com/2018/07/01/la-fatigue-on-en-parle/

La fatigabilité pour ma part se ressent aussi au niveau de la concentration et de la mémoire. Pareil, on me dit souvent « moi aussi j’oublie çà…  »  » t’inquiète c’est l’âge » Là encore il y a une différence entre les conséquences de l’âge dont je n’échappe pas et les séquelles du chemofog https://itinerairemalinduncancercolonisateur.wordpress.com/2018/11/09/chemofog-le-meconnu-du-cancer-la-chimio-ne-sarrete-pas-au-cou/

Cette fatigabilité et ces troubles engendrent une perte de confiance en soi qui nous fragilise aussi, ne serait ce que pour reprendre une activité, gérer des papiers importants.

Enfin cette maladie nous a fragilisés psychologiquement. Dire qu’on est plus forte, je ne suis pas tout à fait d’accord en tout cas pour ma part, je pense qu’autrefois j’étais une personne forte face aux soucis de la vie. Maladie de mon père, de ma mère, la mienne etc et qu’aujourd’hui, justement je suis affaiblie, fatiguée pour m’être longtemps battue. Comme si j’avais épuisé toute mon énergie pour affronter de nouveaux soucis.

Finalement, on se dit tous maintenant je suis en vie, je vais profiter, je vais vivre l’instant présent mais quelque part c’est encore comme une lutte face à la peur de la rechute. Bien sur, c’est également une prise de conscience que la vie est éphémère mais au fond, c’est aussi cette épée qui nous fait penser ainsi inconsciemment.

Bien sur, comme vous avez pu le lire dans tous mes articles, j’ai conscience de la chance d’être en vie et je fais plein de choses pour en profiter mais il faut comprendre que tout n’est pas fini, que nous sommes encore plus fragiles, que ce n’est pas si simple. Il faut se trouver car on ne retrouvera plus la même personne qu’avant. Trouver sa place avec son nouveau corps, son nouveau cerveau et pour cela il faut du temps.

C’est encore plus difficile des mois après car tout le monde ne veut plus entendre parler de ce mauvais souvenir (euh pour nous ce n’est pas qu’un mauvais souvenir d’ailleurs!!!!) et pense que tout va bien puisque vous êtes en rémission !

Difficile de faire comprendre qu’on peut être déprimé parfois derrière notre sourire, perdue alors qu’ on a survécu, soucieuse alors que nos examens sont bons.

Pourquoi devrait on être désespérée alors qu’on est en vie et pas d’autres ?

Dernièrement je vous avais partagé une vidéo, reflétant ce tunnel https://itinerairemalinduncancercolonisateur.wordpress.com/2019/10/17/coup-de-coeur-pour-une-video-sur-la-resilience-message-fort-par-la-danse/

Cela me rappelle les rescapés du 11 septembre 2001 ou du Bataclan où on leur disait « vous avez de la chance, vous êtes en vie » oui certes ils le sont mais cette phrase n’est elle pas culpabilisante ? Le traumatisme qu’ils ont vécu reste indélébile.

Bien sur, nous avons chacun notre résilience qui nous permet d’avancer.

Alors oui j’ai été forte mais je reste fragile !

J’espère que ce post ne vous déprimera pas (!!!) car ce n’est pas le but mais plutôt évoquer une réalité en tout cas la mienne ! Ce n’est pas voir le verre à moitié vide car chaque jour je sais profiter et être positive mais je pense aussi que certains ici se retrouveront dans mes paroles et j’espère partageront leurs ressentis pour qu’on se sente moins seuls

Je finirai par une citation de John Green dans « nos étoiles contraires »

Sans souffrance, comment connaître la joie ? Un point de vue que j’avais toujours trouvé d’une stupidité et d’un manque de finesse inouïs. Pour le démontrer, il suffisait de dire que, même si le brocoli existait, ça n’empêchait pas le chocolat d’être bon.

A MEDITER!

2 commentaires sur « Qui t’a dit que le cancer rend plus fort ? »

  1. Il y a un peu moins d’un an, j’ai perdu deux membres de ma famille (dont mon papa) d’un cancer, de ces cancers où l’annonce lance directement les soins palliatifs. La vie après le cancer, à mes yeux c’est le Graal. Te lire me rappelle que ce fameux Graal est en carton et qu’un rien peut le faire se réécrouler. Bref, tout ça pour te remercier de m’ouvrir les yeux sur la difficulté de l’après et j’espère d’être moins maladroite dans le futur.

    Aimé par 1 personne

  2. Bonjour biquette
    J ai perdu également mon père après 4 cancers et une trachéotomie et c est un peu grace à lui que j ai cette force aujourd’hui
    Que la maladie l a emporté et que moi elle ne m aura pas
    On est tous conscients que d etre en vie est une chance par rapport à tant d autres qui n ont pas eu cette chance
    Mais le graal c est d etre en bonne santé.
    Meme si le cancer donne du recul et fait voir la vie autrement je m en serai bien passé
    Les 24 chimios la lobectomie restent des traumas

    Mais comme les articles précédents en témoignent je profite et ne lache rien

    Aimé par 1 personne

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