Quand rémission rime avec dépression (article qui me parle)

Bon jour tout le monde,

Il y a quelques temps j’avais rédigé un article sur le « cancer blues » https://itinerairemalinduncancercolonisateur.wordpress.com/2018/09/14/cancer-blues/. A cette époque d’ailleurs, je ne pensais pas partir en dépression rapidement. (je vais mieux depuis, je vous rassure, même si le moral parfois me joue des tours !)

Et je suis tombée sur cet article de Marie-Claire, qui révèle complètement le contre coup de la maladie, l’incompréhension de l’entourage face à notre état dépressif alors qu’on n’a plus de traitement. Bref, je souhaitais vous le partager car comme moi, je pense après l’avoir lu, on se sent bien moins seule et aussi pour les personnes qui côtoient des malades afin de mieux les comprendre

Article de Marie-Claire octobre 2018 :

Contrairement à ce qu’on imagine, la fin des traitements anti-cancéreux ne procure pas toujours un sentiment de bonheur immédiat. Certes tous les patients sont soulagés d’avoir vaincu « le crabe » et d’arrêter la chimiothérapie ou les rayons. Mais quand le corps a expulsé la maladie, c’est le moral qui lâche.

« Le coup de blues après traitement est assez fréquent, constate la psycho-oncologue Audrey Ginisty, auteur du blog lapsyquiparle.fr*. Au moment de l’annonce du cancer et pendant toute la durée des traitements, on ne réfléchit pas, on fonce. Les patients sont dans l’action : ils luttent contre la maladie qui canalise toute leur attention. Beaucoup prennent conscience seulement après de tout ce qu’ils ont endurés, une fois les traitements terminés ». Après l’état de choc et la combativité, une dépression réactionnelle peut ainsi s’installer.

Faire le deuil de sa maladie

Aussi paradoxal soit-il, il n’est pas simple de tourner la page du cancer et de son vécu de malade. « Ma famille et mes amis me disaient tous : super, tu es guérie ! Tu dois flotter sur un petit nuage et avoir envie de faire la fête, se souvient Caroline qui a traversé cette épreuve. Comment leur dire que j’allais mal, que je ne me sentirai plus jamais normale, plus jamais comme avant ? » La maladie laisse des traces ancrées profondément dans la chair.

« Il faut faire le deuil du cancer. Beaucoup de patients se sentent soudain abandonnés du corps médical, comme lâchés dans la nature après des mois de suivi très encadré. Ils sont livrés à eux-mêmes, en perte de repères« , observe l’hypnothérapeute Anne Boutelant** qui aide des anciens malades à remonter la pente et à se projeter dans un « nouveau moi ». Dans cette société où les injonctions au bonheur sont permanentes, le mal-être est peu accepté, surtout chez une personne sensée exploser de joie.

Une immense fatigue à surmonter

Deux ans après la fin des traitements, 80% des personnes en rémission subissent encore une très grande fatigue. 65% des femmes présentent aussi des troubles de la sexualité : perte de libido, sécheresse vaginale intense qui empêche toute pénétration… Sans compter les douleurs susceptibles de persister suite aux interventions chirurgicales notamment, pour extraire la tumeur et reconstruire un sein par exemple. « Il faut aussi se réapproprier le sommeil et accueillir ses peurs qui ne partent pas avec la maladie« , explique Anne Boutelant.

Après avoir été aux petits soins pour le malade pendant la phase de traitement, l’entourage a aussi lâché la bride. Le conjoint est moins attentif et a cessé de gérer la totalité des corvées quotidiennes, les enfants recommencent à multiplier les caprices, les amis téléphonent moins souvent pour prendre des nouvelles… « Je n’ose pas me plaindre, témoigne Christelle, en rémission depuis huit mois. Tout le monde a longtemps pris sur soi. Maintenant que je suis guérie, difficile de leur demander autant de sollicitude et d’aide qu’auparavant ».

Une blessure à cicatriser

« Beaucoup de femmes ont le moral en berne plusieurs années après leur cancer du sein, souligne Claire Lesrel, responsable des soins de support aux Thermes La Roche-Posay qui accueillent chaque année 2500 personnes en cure post-cancer. Elles doivent cicatriser leur peau mais aussi leur psychique car il faut du temps pour renouer avec son image et retrouver la confiance en soi. Ce n’est pas simple de baigner dans le bonheur quand on conserve une épée de Damoclès au-dessus de sa tête car qui dit rémission ne dit pas forcément guérison ». La crainte de la récidive persiste en effet longtemps. « Les examens de contrôle réguliers (à 3 mois, 6 mois, un an, etc…) les ramènent toujours à la maladie et suscitent une énorme anxiété, ajoute Claire Lesrel. De plus, après la chimiothérapie, beaucoup de femmes prennent durant 5 à 10 ans un comprimé quotidien d’hormonothérapie qui leur rappelle en permanence qu’elles ont eu un cancer du sein. Sans compter les effets secondaires – douleurs musculaires et articulaires, prise de poids, parfois bouffées de chaleur… – qui vont avec ». Nombre d’anciennes patientes se plaignent aussi de troubles de mémoire qui les insécurisent. « La chimio m’a bouffé des neurones », disent-elles.

La vie familiale parfois ébranlée

Un cancer est une affection de longue durée (ALD) qui nécessite un arrêt de travail prolongé. Du coup, des problèmes financiers se posent au sein des foyers car les indemnités journalières s’élèvent à 50% du salaire de base (plus de 66% si on a 3 enfants). Certaines femmes sont très épaulées par leur compagnon mais d’autres se retrouvent seules car elles étaient déjà célibataires ou ont été quittées par leur conjoint à l’annonce de la maladie. Le cancer est un tremblement de terre au sein du couple qui s’exprime aussi parfois dans l’après-cancer. Toute la famille a été déstabilisée par cette épreuve, ce qui conduit à redéfinir les priorités de vie. Des couples solides volent ainsi en miettes une fois les traitements finis.

Et si cette déprime était utile ?

« Il ne faut surtout pas culpabiliser si on se sent très fatigué et déprimé à ce moment-là, assure Audrey Ginisty. Cette phase de blues est utile, elle fait partie du chemin car le repli sur soi est nécessaire pour digérer toutes les émotions passées, prendre conscience de ce qu’on a vécu et envisager le futur ». Cette période de convalescence psychique peut durer une bonne année, voire plus avant qu’un nouvel équilibre s’installe. « On ne peut pas faire comme si la maladie n’avait jamais existé, remarque Anne Boutelant. Il ne faut pas la nier et accepter d’aller mal. Après autant de souffrances, on reprend une autre vie, jamais exactement celle d’avant. C’est pourquoi il ne faut pas hésiter à se faire aider par un professionnel pour appréhender au mieux cette phase de transition ».

« Une prise en charge psychologique après un traitement du cancer n’est pas un luxe, estime Audrey Ginisty. Quelques patients redoutent de reparler à nouveau de leur malade, pensent que cela ne servira à rien, mais c’est tout le contraire. Cela va agir sur la perception de leur vécu et leur permettre de trouver les ressources intérieures nécessaires pour se reconstruire ». Des psychologues spécialisés sont présents dans tous les services d’oncologie. Les consulter est un pas de plus vers la vie

*La psy qui parle propose des stratégies pour rester acteur de sa vie face à la maladie et une formation vidéo gratuite pour apprivoiser la fatigue liée aux traitements http://lapsyquiparle.fr/ressources-gratuites/

Franchement, çà me parle, j’ai mis en gras d’ailleurs toutes les phrases que j’aurai pu dire! et vous ? COMMENT AVEZ VOUS VECU VOTRE APRES CANCER ?

2 commentaires sur « Quand rémission rime avec dépression (article qui me parle) »

  1. Bonjour,
    Je me permets de vous écrire suite à la découverte de votre blog très bien fait.
    Je suis actuellement en rémission d’un cancer de la thyroïde, j’ai vécu des choses beaucoup moins graves que vous puisque celui ci ne se soigne pas par chimio et pourtant ! J’ai subi deux opérations qui se sont très bien déroulées, avec un chirurgien en plus très humain et qui m’a beaucoup aidée. Cependant, après la seconde, ça été la catastrophe, en plus de la fatigue induite par les suites opératoires et le traitement au Levothyrox très fort, je suis tombée dans une vive dépression. J’ai d’abord pensé que les crises de larmes incontrôlées étaient une façon de relâcher la pression mais ça durait, ça durait…. Pour résumer, j’ai d’abord été mise sous Lexomil puis, un peu plus tard, sous anti-dépresseurs. A cette époque il était question d’un thérapie à l’iode radioactif que finalement je n’aurais pas. Vous voyez, j’ai de la chance et j’en ai bien conscience, c’est pourquoi je me sens parfois « illégitime » à parler de mon mal-être. Je vois un psychologue, avec qui ça se passe bien, j’ai eu récemment une écho de contrôle qui n’indiquait rien de grave, et pourtant le post-cancer blues perdure.
    En gros, aujourd’hui, même si on me dit que je n’ai aucune raison de m’inquiéter, je reste déprimée avec parfois même des idées noires. Sans parler de la peur de la récidive que vous abordez dans un autre article (j’ai peur d’en avoir un autre ailleurs…).
    Je suis toujours sous anti-dépresseurs et le traitement Levothyrox a été réduit, donc au jour le jour je donne le change sans trop de soucis (C’est le psy qui récupère tout !!).
    Voilà, j’avais simplement besoin d’en parler et je vous remercie pour votre blog.
    Karine

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Karine, je vous remercie beaucoup de votre témoignage qui est contrairement à ce que vous ressentez complètement légitime.
      Il n’y a pas de petits cancers. Se comparer aux autres. çà ne nous enlève pas nos souffrances et çà ne fait que nous culpabiliser ! Et on n’en a pas besoin.

      Il est d’ailleurs dommage que peu de personnes expriment leur ressenti, peut être par pudeur, peut être comme vous par peur de se sentir « moins légitime » . En même temps, c’est très courageux de votre part d’en parler et c’est le but aussi de mon blog c’est de partager notre vécu, notre ressenti quelque soit notre cancer.
      Car au final, beaucoup de points nous relient comme ce « cancer blues » dont j’ai fait un article, cet après cancer, cette incompréhension de l’entourage que même si on est rémission, on n’est pas forcément sereine.
      Moi même je suis toujours suivie par un psy.
      Je comprends que vous soyez toujours inquiète malgré que les risques sont diminués. Le cancer est un coup de massue qu’on ne peut oublier !
      N’hésitez pas à commenter les autres articles,
      dans le dernier j’ai également mis mes solutions qui me sont propres mais qui peuvent peut être vous aider
      la sophro, les respirations peuvent calmer nos stress et peut être qui sait diminuer les anti dépresseurs. (personnellement je me suis soignée autrement :acupuncture, neurobiane, mais c’est un choix)
      peut être aller aussi en parler à un groupe de paroles (j’ai fait un article également là dessus) car qui peut mieux comprendre qu’une personne qui a eu un cancer ?
      moi j’y ai trouvé une famille à l’écoute et nous nous voyons à l’extèrieur pour partager des moments sympas, et quand l’un de va pas on s' »écrit, on se comprend et on se soutient !
      Merci encore pour la confiance que vous m’accordez en parlant de vos émotions sur mon blog. Ce sont aussi des personnes comme vous qui m’encouragent à continuer à écrire
      bonne journée

      Aimé par 1 personne

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